Pour ou contre le matelas des nouveaux-nés ?

 

Une naissance est nécessairement synonyme de liste d’achats : poussette, biberons, tétines, lit bébé, bodies et barrettes assorties, Rolex pour la mère… C’est potentiellement sans fin. Parmi eux, un objet revient très souvent dans la rubrique “must have”, c’est le CocoonababyⓇ, ou le BibedⓇ. Deux matelas pour les nourrissons qui ont chacun leurs spécificités : le BibedⓇ est un poil plus grand et laisse plus de liberté de mouvement pour la tête, le CocoonababyⓇ a d’avantage une forme de cocon et est un chouia plus cher, pour schématiser.

Développés respectivement avec un kinésithérapeute et un ostéopathe, des gens qui a priori cherchent plutôt le bien-être, le CocoonababyⓇ et le BibedⓇ sont utilisés en cabinet et en milieu hospitalier. Le second a même été distingué au concours Lépine. En pourtant, ce type de produit a des partisans convaincus et de fermes opposants. Le débat ressemble à une engueulade de famille un soir de Noël. On respire un grand coup, on écoute les arguments des fabricants, de l’ostéopathe Claire Puch, la psychomotricienne Céline Boujon-Touzé, et on compte les points.

 

Ce que dit le prospectus

Du côté des fabricants, on annonce une bonne liste d’avantages. Normal, hein. Et on nous parle d’interactivité favorisée, de limitation des reflux et de sommeil de plomb.

 

Confort et interactivité

La position du bébé dans le matelas lui serait bénéfique et faciliterait l’interactivité. On passe le micro à Claire, ostéopathe. Pour elle, ce petit lit d'appoint permet en effet au nouveau-né, après avoir passé 9 mois enroulé dans le ventre de sa mère, de faire perdurer la sensation de protection. Si le bébé est bien positionné sur la partie haute avec le bassin dans l'axe de la tête, le matelas procure à l'enfant une sensation d’enveloppement, de soutien qui le rassure et lui donnera la confiance nécessaire à la station debout. Céline, psychomotricienne, abonde et précise qu’on peut également accompagner le bébé dans cette détente par le portage, l'installation vraiment individualisée ou une posture sur le côté.

 

Moins de reflux

Le BibedⓇ et le CocoonababyⓇ limiteraient les reflux et le coliques, parce qu’ils sont légèrement inclinés : 12°, pour ceux qui sont forts en math. Du coup, le cosinus ?

Céline opine du chef et précise que relever légèrement le haut d’un matelas classique en calant une serviette en-dessous semble tout aussi efficace.

 

Sommeil de qualité

Les effets combinés de la forme en cocon et de la position du bébé permettraient un sommeil plus long et de meilleure qualité. Ils réduiraient aussi les pleurs. Sounds good, et franchement on a envie d’adhérer. Ca paraît même assez logique vu ce qu’on vient de se dire.

 

Ce que reprochent nos experts

La motricité développée ?

Pour Céline, un matelas qui enveloppe ne peut a priori pas en même temps inviter au mouvement, même s’il est souple. Débat. Ce type de matelas est utilisé dans plusieurs hôpitaux et maternités, mais plutôt pour des prématurés, qui sont un poil moins toniques et ont un besoin d’être dans une telle position pour faciliter leur respiration, réguler leur rythme cardiaque. Donc d’un point de vue médical, pas nécessaire pour un bébé né à terme et qui va parfaitement bien.

 

Tête bien faite ?

Un second désaccord quant au risque de plagiocéphalie, la fameuse tête plate. Le fabricant annonce que le bébé peut plus facilement bouger sa tête avec ce type de matelas et évite donc la plagiocéphalie. Là, Céline s’étouffe carrément. Même si elle n’en n’a pas fait une étude clinique à proprement parler, ses observations en pouponnière prouveraient plutôt le contraire.

 

Risque d’étouffement

Le matelas présente également un risque que le bébé s’étouffe s’il se retourne. C’est rare, mais cela peut arriver. Une fois sur le ventre, le nourrisson peut ne pas réussir à se décoller du matelas, qui est trop mou, et dégager son nez et sa bouche. Avant 3 mois, il n’a pas le tonus musculaire suffisant pour lutter contre son poids et repousser ce support qui le gêne*.

 

"Combien ?"

Un argument bassement financier pour terminer : c’est quand même coûteux cette petite chose ! De 100 à 150€, sachant qu’après 3 mois, le bébé doit passer à un matelas plat traditionnel (type 80cm x 120cm), le CocoonababyⓇ et le BibedⓇ représentent un investissement.

 

On compte les points

En vrai, c’était un pugilat, mais on vous livre une version édulcorée :

Chaque enfant est spécifique. Certains n’ont pas l’air d’apprécier particulièrement ce type de matelas, d’autres se mettent miraculeusement à faire de longues nuits sans pleurs ni reflux quand on les y installent. Voyez si vous pouvez en essayer un pendant quelques minutes chez des amis ou dans un magasin, si votre bébé y est confortablement installé.

Si vous décidez de l’utiliser, faites-le avec précaution. Surveillez l’évolution de la forme de du crâne de votre bébé, ne laissez pas l’héritier dedans 12h par jour, et gardez en tête l’ensemble des consignes de sécurité pour votre bébé, et surtout l’âge limite auquel il faut le passer dans un matelas plat (3 mois).

Le CocoonababyⓇ et le BibedⓇ ont certainement des qualités, mais ne sont surtout pas indispensables. La liste de ce qu’il faut prévoir quand on attend un bébé est déjà assez longue, donc ne vous mettez pas de stress inutile à ce sujet. D’autant que Céline et Claire sont convaincues qu’on peut reproduire une bonne partie des bienfaits de ce matelas avec trois serviettes, deux bras et un peu de créativité et de prudence.

On ne vous a pas résolu le problème, on est bien d’accord. Mais au moins vous savez comment choisir, et vous ferez un choix plus avisé !

 

 

*Petit rappel pour limiter le risque de mort subite du nourrisson : pas de couchage mou (on oublie la couverture ou couette sous le bébé, l’oreiller, le coussin), pas de tour de lit, pas d’espace entre le bord du matelas et les parois du lit (pour ne pas qu’il puisse s’y coincer), pas de peluches, pas de couverture sur le bébé.