Les dégoûts alimentaires

On est souvent désemparé face à un enfant qui rechigne devant un nouvel aliment avec une allure étrange. Plutôt que de jouer de l’autorité, essayons de mieux comprendre comment nos enfants abordent l’alimentation. Synthèse d’une très chouette émission radio dédiée aux goûts et dégoûts alimentaires (Grand Bien vous fasse, animée par Ali Rebeihi, avec Nathalie Rigal).

 

 

Pourquoi votre enfant ne mange pas tout, tout de suite

Pour démarrer, illustration avec un petit cours de SVT : le phénylthiocarbamide (aussi appelé PTC) est une molécule produite notamment par le brocoli, à l’origine d’une sensation forte d’amertume. C’est là que ça devient intéressant : une partie de la population ne la perçoit pas et dégustent ce bon brocoli avec délectation, quand d’autres sont véritablement incommodés et n’ont pas la force de croquer. L’excuse génétique ne s’étend pas à tous les aliments, mais appelle à la transigeance.

 

Ensuite, le plaisir augmente avec le temps et le nombre de fois où l’on déguste un aliment. Certaines études montrent qu’il faut le faire goûter jusqu’à 8 fois à un enfant pour savoir réellement s’il l’aime ou non. D’ailleurs, ne nous dites pas que vous avez adoré votre premier verre de vin et votre premier Roquefort !

A noter que les enfants traversent une phase de refus plus marqué, souvent appelée néophobie alimentaire, qui peut apparaître dès 18-24 mois et présente un pic entre 4 et 7 ans.

 

Enfin, il va falloir travailler votre argumentaire, parce les pseudo-promesses santé n’ont pas d’effet sur les enfants. Inutile de leur dire 10 fois que la soupe va les faire grandir, ils vont peut-être finir par le répéter, mais sans aucune compréhension ni conviction. Ils sont encore trop petits pour intégrer ces problématiques dans leur raisonnement !

 

En fait, les enfants apprennent à manger, au sens littéral du terme. C’est une nouvelle activité, manuelle, sociale… Donc ne les brusquez pas, donnez-leur du temps pour apprendre les codes !

 

Parents, comment vous pouvez aider votre enfant

En étant patient, mais on ne va pas insister là-dessus…

 

Bien sûr, donnez-vous un peu de mal aux fourneaux et cuisinez des produits de qualité, d’un point de vue sanitaire et gustatif et privilégiez le frais, si possible le bio et/ou les produits locaux. Exemple avec ce chef de cuisine dans un collège du Jura, qui a observé 5 fois moins de déchets dans les assiettes depuis qu’il achète de la viande locale de qualité.

 

Travaillez aussi la présentation, elle joue beaucoup. Faites de votre mieux, laissez-vous allez à un peu de créativité (sans toutefois démultiplier les couleurs car votre enfant s’y perd) : la purée toute rose à la betterave par exemple, ou un peu de coriandre dans la purée…

 

Enfin, une règle importante pour donner un cadre à votre enfant : ne jamais proposer de repas de substitution. C’est tel plat et rien d’autre, et il faut impérativement goûter. On n’a pas le droit de juger un aliment à l’œil uniquement (sinon pas certain que l’on mangerait des huîtres et du poulpe). En revanche, ce n’est pas grave si l’enfant ne termine pas son plat. L’appétit d’un enfant se mesure plutôt à la semaine qu’au repas, et de toute façon il se manifestera s’il a faim.

Pas de menace, pas de chantage. Bref, on baisse en pression…

 

Ce que votre enfant peut faire

Il doit se sentir impliqué dans le temps du repas, selon ses capacités. Dans un premier temps, montrez-lui ce que vous allez cuisiner, faites-les toucher les ingrédients (avec les mains propres quand on rentre du bac à sable !), comment vous allez cuisiner. Ceci afin qu’il se familiarise avec les aliments bruts et le principe de la cuisine. Ensuite, il pourra apprendre à reconnaître et choisir les ingrédients dans les rayons, puis à participer à quelques étapes en cuisine… C’est un processus long, donc démarrez tôt !

 

In fine, l’objectif est d’inculquer le plaisir de bien manger, de découvrir de nouvelles saveurs, et de passer un moment en famille. Et c’est un cercle vertueux : plus le repas sera agréable pour les enfants, plus il le sera en retour pour les parents.

 

Et si vous avez besoin de quelques tuyaux en plus pour faire du repas en lui-même un moment de fête, c’est par ici !


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