L’accouchement — Attention spoiler

 

“Alors, ça y est ?”. Voilà en substance le contenu des SMS que tu reçois de plus en plus souvent de tes amies. Effectivement, on est à J moins pas beaucoup.

Les tout derniers jours avant l’accouchement, tu vas redécouvrir le sens du mot suspense. C’est comme à Hollywood : dans les grandes lignes, on se doute quand même de ce qui va se passer, mais on ne sait pas encore exactement quand, et c’est ça qui est fou !
Enfin c’est surtout le cas pour son premier accouchement, pour les suivants, c’est plus un suspense digne de Joséphine Ange Gardien que de Psychose. Cet article est donc un spoiler : on vous dévoile le scénario d’un accouchement !
Évidemment, la vie réserve toujours des surprises : en témoigneront celle qui avait prévu depuis des mois d’accoucher chez elle sans péridurale et se retrouve à la maternité avec une césarienne ou celle qui accouche dans un restaurant et donne le nom du lieu à son enfant. Nous, on vous raconte l’hypothèse la plus commune, et on vous laissera mettre à votre sauce ;)

In the middle of the night
3h du matin, bien au chaud sous la couette, vous dormez depuis une poignée d’heures. Eh ouais, vous avez veillé tard hier. Tu te disais que le meilleur moyen de couper court à tes épisodes d’insomnie de fin de grossesse, c’était de te coucher tard, après un bon film, deux même, en fait.
Un coup d’oeil au réveil, il est bel et bien 3h. Tu préfères vérifier, parce que tu n’es pas habituée à lire cette heure sur l’écran. Et puis tu es bien naze quand même.
Un deuxième coup d’oeil en direction de ton ventre. Pas très utile. Tu as bien compris que c’était là que ça se passait. Ce sont les contractions qui t’ont réveillée. OMG. “C’est parti”, te dis-tu. Excitée comme une puce, tu secoues ton mec : “je sens que ça vient”. Ton mec est un peu perplexe. Il se répète cette phrase et ne sait pas comment l’interpréter. Par précaution, tu corriges : “je sens des contractions”.
Et là, tu maudis ton mec d’avoir regardé notre épisode intitulé “quand partir à la maternité”, parce qu’il te répond que si certains signes ne se manifestent pas et que les contractions n’ont pas lieu toutes les 5 minutes depuis au moins 1h, sauf si tu as perdu les eaux, cela ne sert à rien d’aller à la maternité. Sympa comme il est, il allume son téléphone, se connecte sur Mission Biberon, lance l’épisode sur le sujet, et se rendort. Il s’économise pour la suite quand il devra prendre le relais !
Tu t’apprêtais à poser ton smartphone sur ton ventre tout rond, en te disant que c’est quand même super pratique. Et tout à coup, tu te dis que tu n’as pas envie que le bébé se prennent tes ondes 4G en pleine face, et sans tomber dans la paranoïa, nous on est plutôt d’accord avec toi.
On appelle cette phase le pré-travail. Ce n’est que le début. L’échauffement du marathon, ou plutôt l’épreuve de natation dans un triathlon, mais le triathlon en version Iron Man, celui très intense qui dure toute une journée. Le pré-travail peut durer plusieurs heures.

Le pré-travail : pas encore du travail, mais du travail quand même
Cette fois, chrono en main, tu es catégorique : les contractions sont rapprochées, il faut y aller. Comme tu es parfaitement organisée, tu as profité des deux heures qui viennent de s’écouler pour essayer te reposer, faire des exercices de relaxation sur ton gros ballon, et pour grignoter. Quand on s’enfile deux yaourts, une banane et trois tranches de pain-beurre-confiture, j’appelle pas ça “grignoter”, mais peu importe, tant que tu en as envie. Et tu vas avoir besoin de cette énergie !
Ton petit sac est prêt avec ton kit à toi et celui du babe. Ton mec sort de la douche, il est beau, il est propre, il est prêt. Cette fois c’est parti !

 

 


Tu n’es pas sûre d’avoir vu un parking à proximité de la maternité, du coup, tu commandes un taxi ou un véhicule de tourisme avec chauffeur grâce à une application californienne. Quelle chic idée !

N.B. : Pense à faire entrer ton mec avant toi dans la voiture et cache ton ventre, pour éviter que le chauffeur aie un coup de stress pour le cuir de ses sièges et ne te refuse l’accès.
Arrivée à la maternité. Vous commencez tous les deux à réaliser ce qui se passe. Votre mémoire commence à se mettre en mode “record”. Ce sont des moments magiques.
Vous êtes accueillis par l’équipe de la maternité. Sacré contraste : vous êtes tous les deux “on fire”, et le staff est calme, détendu. Ils en sont à leur 3è accouchement de la nuit. Nom, prénom… eh oui, on fait un peu d’administratif alors que tu pensais filer en salle d’accouchement ! Déception…
Infirmière, sage-femme, vous découvrez ceux qui vont s’occuper de vous. Et la fameuse mesure de l’ouverture du col. Verdict : il y a encore un peu de boulot, du coup, direction une salle de travail.

Phase de travail
Une salle de travail. Comprendre une chambre qui n’en est pas vraiment une. Toi sur le lit, ton mec sur le fauteuil à côté. Sortez les bouquins si vous avez la tête à lire, finissez votre nuit entre les visites régulières de la sage-femme, si vous y arrivez. Mettez-vous d’accord sur le prénom, et les autres prénoms d’ailleurs. Ou refaites le monde tous les deux : le temps s’arrête dans ce genre de moment. Vous êtes dans un lieu peu familier et pas très chaleureux, et vous sentez qu’il va se passer un moment qui va vous marquer à vie.
12h et 2 sandwichs clubs plus tard, vous avez vraiment eu le temps de refaire le monde, d’évoquer tous vos souvenirs communs, la première pelle, le jour de la conception, l’organisation de la journée type une fois le bébé arrivé, la destination de votre prochain week-end en amoureux quand mamie le gardera…
Cette fois, lors la mesure de l’ouverture du col, une léger sourire s’affiche sur le visage de la sage-femme. On va traverser le couloir pour aller en salle d’accouchement. C’est le début de l’épreuve de course à pied de ton triathlon !
Attention, ça ne veut pas dire que c’est pour tout de suite, mais les conditions commencent à être réunies. On s’en approche. De nouveau, un contraste saisissant : vous entrez dans une autre pièce visiblement meublée par un dépressif, mais entourés de gens bienveillants et chaleureux. C’est à se demander s’ils ne font pas exprès de bosser dans un endroit glauque pour qu’on les trouve encore plus sympathiques !
Ton mec remet ses sur-chaussures et sa charlotte sur la tête. Toi, les pieds sur les étriers. C’est tout juste si on n’entend pas la petite musique de film, dont le volume monte progressivement, qui te fait comprendre que l’action va bientôt démarrer.
Nouvelle visite de courtoisie : l’anesthésiste vient demander si tu veux une péridurale. Rappelle-toi, tu as eu un RDV avec lui il y a quelques semaines, donc il a déjà ton dossier.
Et si tu demandes une péridurale, il va l’installer. Il va insérer l’aiguille qui est à peu près longue comme… Enfin, vous verrez. Heureusement, c’est plus impressionnant que douloureux.
Tout le monde est fin prêt. “Y’a plus qu’à”, comme le dit cette expression qui est bien naze, d’ailleurs.
Tout le monde est fin prêt, mais vous ne le savez pas. Dans la pénombre de la salle, tu es seule, les jambes écartées. Ton mec s’est endormi sur le fauteuil, la tête sur le côté. Il ronfle et bave un peu, mais il est mignon, quand même.
Avec un peu d’imagination, tu pourrais entendre les violons qui s’énervent et le rythme de la batterie qui monte. Dans un ralenti tout droit sorti d’un James Bond, la porte de la salle d’accouchement s’ouvre et laisse entrer la sage-femme, l’auxiliaire de puériculture, l’infirmière, et le gynécologue obstétricien, le cas échéant. Ils sont souriants. Mais ils sont en tenue, les blouses, les charlottes, les gants. Sont pas venus là pour déconner apparemment. Ton mec s’essuie le coin de la bouche. Les planètes sont alignées, on peut aller en salle d'accouchement.

L’accouchement
La sage-femme, jusqu’ici oreille attentive, voix docile, se transforme en coach de Cross Training. C’est elle qui pilote cette phase de l’accouchement. Pour toi, c’est la dernière épreuve du triathlon, le vélo. Tu en as plein les pattes. Mais tu vas voir, tu as des ressources insoupçonnées, et la sage-femme sait y faire appel.
Les contractions se rapprochent, et sont très fortes. Tu pousses exactement à ce moment-là. Joli travail de synchronisation pour faire sortir le bébé.
Ton mec ne sert à rien. Enfin si, il te rassure. Mais cette épreuve, tu l’affrontes seule. Tu le laisses te faire quelques caresses sur le front. Pas besoin de lui préciser, il sait que ça n’a aucun effet, mais ça le rassure, lui, il est content.
Au bout de quelques minutes, tu vois qu’il ne se sent pas très bien. Quelle blague ! Il a passé sa journée à dormir et à s’enfiler des choco, et à l’instant où tu entres sur le ring, il nous la joue petit bras. A ton regard, il a compris. Sentiment de terreur, secrétion d’adrénaline, oubli de la douleur. C’est bon, il est back in the game.

L’expulsion, terme qu’il faudra penser à revoir…
45 minutes maintenant que tu pousses. Tu n’as aucune notion de durée, pour autant. Tu es en nage.
“- Vous voulez toucher la tête ?”, interroge la sage-femme.
“- C’est bon, ça va aller”. Tu préfères oublier la question.
Tu retournes au charbon. Tu vois la ligne d’arrivée. Une dernière série de poussées. Plus un bruit dans la salle d’accouchement, tout le monde a les yeux rivés sur… enfin tout le monde est concentré.
Un faible cri vient fendre l’atmosphère. La sage-femme pose ton bébé sur ton ventre. Carnaval d’émotions dans vos petites têtes de jeunes parents.
On se doit de te préciser, qu’à ce stade, ton bébé n’est pas tout propre et tout rose. Du coup, c’est un choc. L’espace de 3 à 4 secondes, tu as un énorme doute sur ta capacité à devenir parent. Tu l’embrasses du bout des lèvres, mais alors vraiment le bout. Ton mec caresse le bébé du bout de l’index. Dégoût, quand tu nous tiens.
L’auxiliaire de puériculture fait quelques miracles dans son coin, invite le père, et après quelques minutes, ils reviennent avec un enfant immaculé, bonnet vissé sur la tête, emmitouflé dans son pyjama zéro mois et sa turbulette toute neuve.
“Et comment s’appelle cette merveille ?”, vous demande la sage-femme.
A vous de jouer.